Un métier d’ignorance

« Écrire est un métier d’ignorance. »
Claude Royet-Journoud, La poésie entière est préposition.

Simples et sobres, les matériaux employés par Mathilde du Sordet ne sont pas neutres : ils évoquent l’écriture, le dessin. Des formes d’arts qui se rapprochent de sa pratique, de sa façon de pratiquer la sculpture : en esquissant les proportions avec des objets, en les associant pour créer un langage. D’abord un travail d’agencement à l’aveugle - puis une prise de distance, un regard sur l’ensemble. Des différents éléments émerge une entité, un « tout » dont les parties sont en contact : ici, une oeuvre presque plate, déployée au sol comme un panneau solaire, une « antenne » à sa manière - rapprochement électrique de matériaux inertes. On pourrait croire à une improvisation, à une configuration provisoire, mais ce n’est pas le cas : la sculpture est réalisée une première fois dans l’atelier, puis reproduite telle quelle dans l’espace d’exposition - chaque élément reprenant sa place. Les oeuvres de Mathilde du Sordet sont faites de ces quelques gestes arrêtés entre le doute et l’évidence. Elles ne s’appuient pas sur un savoir-faire mais sur un aveu d’ignorance : malgré les définitions, malgré les nombreux exemples, nous ne savons pas ce qu’est une oeuvre d’art.


Hugo Pernet