Sur la ville

Re-visitation de l´histoire, jusqu´à percevoir les fantômes, les douleurs et les gloires de la ville, sa paranoïa aussi.
Ville qui devient simplement vivante, où les murs transpirent l´histoire.
Aimer se perdre et chercher quand on connaît bien le plan de la ville à s´y reperdre de nouveau pour mieux s´approprier chaque parcelle de la ville, en tournant autour des blocs
d´immeubles.
Pour mieux vivre, comprendre et voir la ville.
Pourquoi on cherche un tel rapport avec des murs de béton ou des surfaces de verre ?
Comme avec les corps qui nous entourent, comme dans un acte charnel.
Pour voir que cet espace n´est pas virtuel même si parfois il semble vouloir le paraître ; avec ses lumières de music-halls passés, avec ses vitrines qu´on peut retrouver à New York ou Paris, avec les lumières colorées qui jouent un air de fête comme dans Play Time de Jacques Tati.
Et comme Mr Hulot, on cherche un rapport juste avec cette ville qui peut fasciner aussi bien
qu´engloutir.
Pour mieux y retrouver notre corps, dans toute la complexité que ça suppose.
Là vient le lien avec l´urbanisme et avec l´infrastructure et la société environnante.
Tout ça pour savoir où l´on est en s´appropriant la ville.
Les blocs, formalistes et froids, qui à priori nous rejettent, attendent la salissure, le contact de nos corps qui passent chaque jour devant, comme s´ils demandent à vivre, à faire réellement partie de la ville non pas comme décor mais comme parties actives.
Parfois, ces architectures nous plongent totalement dans un effet de virtualité où les corps perdent leur consistance, comme dans l´immeuble de British Airways en verre, avec un sous-sol et une distribution d´ascenseurs vertigineuse.
Et tous ces hommes en costume et les gardiens avec leurs habits de valets. Vraiment comme quand Mr Hulot est dépassé par la vitesse de ce monde du travail dans un espace totalement vitré.
C´est comme si on appartenait à un jeu où tomber ne ferait pas mal.
Quand l´œil est attiré par un coin de la rue, une couleur, une lumière, un détail architectural ou un contraste, ou une animation.
Quand un espace ouvert nous conduit irrésistiblement à un point donné, sans le connaître à
l´avance.
C´est l´attraction, comme quand physiquement on se rapproche d´un corps chaud. Pour rentrer dedans.
C´est ce qui guide en partie le trajet, parfois de manière instinctive. Un désir spontané.
Et ces points deviennent des repères qu´on a assimilés par nos sens, notre tête et notre imaginaire.
L´habitude qui permet de ne plus voir devant quoi on passe, d´y perdre moins de temps et
d´être purement stratégique dans son circuit.
De ne penser qu´au temps et à la vitesse. Les couleurs deviennent des acteurs dans l´espace.
Des points qui attirent notre corps sur le trajet et règlent nos habitudes.
Sentir qu´on appartient à la ville.
Quand on a du temps, l´œil est attiré et n´a aucune contrainte, le corps suit plein d´énergie pour bien voir l´endroit où il se trouve.
Le corps répond à l´œil.
Quand on est pressé, avec un rendez-vous précis quelque part, on devient logique, rapide et le corps fait travailler ses habitudes pour arriver au point donné le plus vite.
Parfois il s´emmêle (entre corps et mémoire) et s´il se perd, il recherche à prendre les rues connues, mais pressé il confond les choses mais finit par retrouver un repère.
Retracer les lignes de sa mémoire, en pratiquant les mêmes lieux, les mêmes trajets, inconsciemment, instinctivement, librement.
Comme si les choses se faisaient par une magie souterraine. Une archéologie.
Les réseaux, les lignes, les rues empruntées, qui font revisiter leur histoire à laquelle on se confronte avec notre marche.
Parfois un trouble se crée quand en partant sur un chemin connu, d´un coup nos pas se trompent et d´un coup réveillent notre tête en la mettant devant un endroit inconnu, ou du moins pas attendu.
Il faut se re-situer, pour un moment on est perdu et déçu par la capacité de notre corps et de sa mémoire.
Mais seuls ces moments permettent une redécouverte.
Va-et-vients entre réel et imaginaire, pour à chaque fois voir la réalité différemment.
Comment les volumes nous font nous déplacer différemment.
Chacun prend et s´invente des repères par une attirance intime.