A propos de l’exposition Au fil de l’oeuvre

La sculpture de Mathilde du Sordet consiste en un agencement d’éléments hétéroclites marqués par le temps. Variablement juxtaposés ou superposés, les matériaux auxquels elle a recours – souvent bruts, pauvres et ayant fait l’objet d’un usage voire d’une usure – apparaissent comme autant de signes d’une écriture singulière et imagée.

Planche de bois récupérée posée à même le sol, découpée partiellement et entaillée sur sa surface, Trace rose compose une sorte de paysage. Constituant le support de divers éléments – agrafe, pochette cadeau, métal, pierre, etc. –, elle renvoie de manière volontairement abstraite à une nature toute artificielle. Avec Bleu, différents objets et matériaux se trouvent cette fois disposés selon une stratification qui évoque un processus inscrit dans le temps, tout en suggérant à petite échelle quelque ascension montagneuse jusqu’à ce sommet modestement incarné par une pomme de pin.

Jouant sur les disparités entre la forme, la nature et la fonction des éléments qui la composent, Totem-échelonne constitue une séquence dans l’espace dont l’équilibre ne semble tenir qu’à un fil – en l’occurrence à un mur. De même pour Construction, une ancienne boîte à jeux entrouverte et posée au sol, surmontée d’un morceau de goudron feignant de maintenir une stabilité incertaine. Toujours au sol, Housse goutte repose sur un fragile équilibre des forces entre un tuyau d’arrosage, une housse d’hivernage pliée et une plaque de styroglass qui en maintient l’ouverture en même temps qu’elle la condamne. Cette tension entre fixité et mouvement persiste dans l’œuvre Infinito qui laisse deviner, notamment par la présence d’un socle sur roulettes, un possible élan ou basculement vers un état autre.

Dessins dans l’espace ou micro-architectures statiques, mais modulables et fragiles, les sculptures de Mathilde du Sordet s’imposent avec légèreté, tels des poèmes visuels.


Anne-Lou Vicente