A propos de l’exposition Archi Troyenne
L’intervention de
Mathilde du Sordet à l’ISH fait suite à une série
de conversations sur le rôle que joue la façade dans la
société. Pendant son passage elle construira et
présentera une installation directement en réponse aux
idées d’hypocrisie et de dissimulation qui sont les
fondements de l’Institut.
Mathilde du Sordet
utilise comme référence pour la pièce un extrait
d’un texte ancien écrit par le naturaliste Pline
l’Ancien. Celui-ci décrit un petit mollusque, le
nautile, qui vit dans une carapace protectrice.
« Le nautile,
dit Pline, est une des merveilles de la nature. On le voit s’élever
du fond de la mer en maintenant sa coquille dans une situation telle,
que la carène soit toujours en dessous et l’ouverture en
dessus. Dès qu’il atteint la surface de l’eau, sa
barque est bientôt mise à flot, parce qu’il est
pourvu d’organes au moyen desquels il fait sortir l’eau
dont elle était remplie, ce qui la rend assez légère
pour que les bords s’élèvent au-dessus de l’eau.
Alors le mollusque fait sortir de sa coquille deux bras nerveux qu’il
élève comme des mâts. Chacun de ses bras est muni
d’une membrane très-fine et d’un appareil pour
l’étendre : ce sont les voiles. Mais si le vent n’est
pas favorable, il faut des rames : le nautile en dispose sur les deux
côtés de sa barque : ce sont d’autres membres plus
souples, allongés, capables de se mouvoir dans tous les sens,
et dont l’extrémité est constamment plongée
dans l’eau. Ainsi la navigation peut commencer, et le
conducteur de l’esquif va déployer son habileté ;
si quelque péril le menace, il replie sur-le-champ tous ses
agrès et disparaît sous les flots. »
Les Mystères de
l’Océan par Arthur Mangin, 1868
Le texte sert d’allégorie
pour la carapace qui est à la fois l’ISH et et à
l’origine de l’installation Archi troyenne.
La notion qu’une
structure externe puisse agir comme un Cheval de Troie, permettant
d’accéder à des lieux restant autrement
inaccessibles, a considérablement influencé le
développement du travail, et Mathilde du Sordet s’est
servi de l’espace physique afin de mettre en place ce concept
et de produire une installation qui reflète les idées
sous-jacentes du projet.
Le travail présenté
consiste en un ensemble d’éléments associés
assez librement, réalisés principalement à
partir de matériaux récupérés, qui
examinent de près la relation entre la surface et l’intérieur
caché. Une tension entre le spectateur et l’objet se
crée lors de la perception de l’oeuvre.
Le regardeur est invité
à voir à travers la structure externe afin d’accéder
à l’intériorité du travail, et par cette
révélation à devenir intimement relié à
l’objet et aux histoires qui y sont tissées.
Lauren Monchar